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GASTON

Monette et Albert, bouchers à Lormont, et amis intimes de mes parents avaient un cousin nommé Gaston.

Grand et élancé, Gaston était un beau garçon mais peu enclin aux études. Il vagabondait au gré de ses humeurs et de ses rencontres.
Ses chemins tortueux l’emmenaient à commettre des petits écarts de conduite qui tourmentaient beaucoup ses parents.
Il se réfugia un temps chez son oncle et sa tante à Sadirac, parents de sa cousine Monette.
Cette petite commune ne lui offrit guère d’avenir alors il vint habiter chez ses cousins lormontais. Il y trouva un foyer et quelques petits travaux, il se « remplumait » comme aimait le dire sa cousine.

Puis un jour, après la guerre on lui offrit un emploi en Afrique.
Rien de bien enthousiasmant car il fallait conduire des camions à travers la brousse de la Côte d’Ivoire. Mais Gaston était courageux et le goût de l’aventure l’emporta ainsi que les avantages financiers.
Il partit par bateau « au pays des sauvages » dixit Monette.

Ses premières lettres suscitèrent beaucoup d’intérêt et de curiosité. Nous nous groupions autour de Monette qui de sa voix forte en faisait la lecture. Gaston racontait avec des mots simples les difficultés de son travail, la chaleur excessive dans les cabines des camions où la température montait à plus de 70°.
Nous étions à l’écoute de ces missives et l’imagination allait bon train. Trop jeune je n’en comprenais pas tout le sens.
Mon père me montra ce pays lointain sur une carte géographique du dictionnaire Larousse.

Gaston ne revint pas en France pendant les premières années, le temps de se faire un petit pécule.
Puis un jour il revint pour six mois.
Il fit le tour de la famille, des amis, profita des plaisirs de la vie. Les vendanges à Sadirac et les parties de chasse tout était prétexte à la fête car Gaston était gai, un brin insouciant.

Il avait « réussi » et au cours des repas il racontait facilement sa vie africaine même si mon père et Albert le soupçonnaient d’enjoliver les propos.

L’année suivante il revint encore pour six mois. Il se maria avec Simone une très jolie brune.
Sa situation financière s’améliorait très nettement, il dépensait beaucoup pour compenser les privations de sa vie africaine.
Je nous revoie dans la cuisine de la boucherie. Gaston tenait dans sa main une machette et de l’autre un ananas. Jamais nous n’avions vu un tel fruit.
« Je vais vous faire une démonstration, nous dit-il » et d’un coup sûr il abattit la machette et en deux temps trois mouvements il découpa le fruit et nous le fit goûter.
Un délice !
Le lendemain je racontais l’aventure à mes camarades de classe. Elles ont eu du mal à me croire.

Chaque année nous attendions l’arrivée de Gaston et de Simone. Les dépenses devenaient de plus en plus fastueuses et fantasques.
Passionné de chasse il avait 5 fusils, passionné de voiture il en avait 5. Peu lui importait les remarques des gens sensés autour de lui qui travaillaient dur pour obtenir un peu de superflu.
Gaston satisfaisait ses envies.
Il arriva un jour avec une jolie voiture de course, MGM je crois.
                             

                               
Il était fier de son acquisition et invita ma mère à faire un tour. Contre toute attente je la vis partir en balade avec Gaston dans sa jolie voiture décapotable. Elle riait et je restais là derrière la fenêtre un peu triste.

Gaston s’était associé pour créer sa propre affaire.
Plus question de bateau pour venir en France ce fut l’avion dorénavant.
Simone arborait fourrure et bijoux dont elle ne se séparait jamais même pas à table.

Gaston offrait des cadeaux à Monette : une broche en or ciselé représentant un papillon, une énorme bague toujours en or et très lourde à tête de lion. Elle arborait fièrement ces bijoux qui malgré tout lui allaient très bien mais dont l’originalité dénotait singulièrement dans notre petite commune.
Une année elle avait reçu un petit colis. Une petite boîte qui contenait des chaussures en crocodile. J’avais les yeux écarquillés lorsque je regardais ces étranges ballerines. Jamais elle n’osa les porter.

Gaston et Simone habitaient à Macau, dans le Médoc, lorsqu’ils résidaient en France.
Je devais avoir une dizaine d’années lorsqu’ils nous invitèrent un dimanche dans leur maison.
Je dis, nous, c’est-à-dire, Monette, Albert, leur fils Jean-Claude, mes parents et moi.
Nous eûmes l’énorme surprise et le mot est bien faible en étant accueillis par un homme noir de peau, ganté de blanc.
La stupéfaction devait se lire sur nos visages, tout d’abord parce que nous voyions pour la première fois un homme de couleur et nous nous demandions quel était exactement son rôle.
« J’ai ramené mon « boy » pour nous servir » nous dit Gaston, tout naturellement.
Sur le bahut trônaient deux énormes défenses d’éléphant.
Ambiance africaine garantie.

Nous nous mîmes à table, les hommes à côté les uns des autres, les femmes de même et les enfants en bout de table comme c’était la coutume.
« Le boy » apporta le plat principal : une pintade. C’était juste pour tant de personnes. Heureusement, Albert, connaissant l’originalité de son cousin, avaient apporté de magnifiques côtes de bœuf que l’on fit griller sur les sarments de vigne.

Gaston avait tout de même prévu du vin. Il plaça les bouteilles par terre à ses côtés et servait les hommes uniquement… puis reposait les bouteilles à ses pieds…

Lorsque nous avons repris notre voiture à la fin de cette journée particulière, mon père poussa un grand soupir en disant « Gaston est devenu vraiment très con ! ».

Durant l’un de leur séjour, Gaston et Simone firent un petit voyage dans les Pyrénées, du côté de St Gaudens. Ils tombèrent amoureux des montagnes.
Il entreprit la construction d’une maison à flan de rochers. Il fit appel à un architecte. Celui-ci insista sur les difficultés techniques de la construction qu’il fallait ancrer solidement dans le roc ainsi que l’absence d’électricité et d’eau à proximité.
Peu importe, le projet faramineux vit le jour.
Et Gaston, satisfait repartit à Abidjan.
Jamais ils n’habitèrent la maison.

La dernière fois que j’ai vu Gaston, il se tenait dans la salle à manger de la boucherie en compagnie de son cousin Albert et de mon père. La conversation était sérieuse car ils parlaient à voix basse et les mines n’étaient pas réjouies.
En réalité, Gaston travailleur acharné mais peu enclin aux affaires s’était fait « gruger » par son associé et était proche de la ruine d’après ce que j’ai pu comprendre.

Quelques années plus tard, par un hiver glacial sur une route déserte de la Sierra Madre en Espagne, Simone eut un accident de voiture.
Que faisait-elle, seule, sur les routes peu fréquentées de cette région ? Nous ne le sûmes pas.
Comme toujours elle était partie avec fourrures et bijoux mais lorsque la police arriva sur les lieux ils trouvèrent le corps d’une femme dépouillée de tout, revêtue seulement d’une robe légère.

Le sort de Gaston ne fut pas meilleur.
Après avoir perdu la vue, ses cousins le retrouvèrent dans un hôpital où il mourut.

Je garde de lui ce parfum d’ailleurs qu’il emmenait à chacune de ses apparitions. Il était, pour moi l’incarnation d’un « aventurier ».


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